Défilé pour 27 chaussures

Mathilde Monnier & Olivier Saillard

 

 

 

Une pièce de Mathilde monnier et Olivier Saillard 
Chorégraphie de Mathilde monnier
Lumière de Eric Wurtz

Chaussures Weston 

Création sonore Nano de Clausel

 

Qu’ils s’agissent de mannequins ou de militaires, le défilé qu’ils ordonnent est un déplacement de troupe, une parade commémorative ou strictement au service des apparences de la mode. Vêtue d’une chemise blanche et gainée de collants noirs, Mathilde Monnier s’approche nu-pieds. Autour d’elle des chaussures sombres comme des ombres préfigurent les pas à venir. Tandis qu’elle chausse à tour de rôle les mocassins, les bottines, les Richelieu en nombre, sa progression lente est un acheminement droit, rectiligne conformément aux défilés usuels. Pourtant seule sur scène, Mathilde Monnier défile en groupe. Ses semblables sont les pas de cuir encre qu’incarnent les chaussures. Ce sont les archétypes de carbone dont le sol effleuré garde l’empreinte poétique du passage. Au fur et à mesure de sa déambulation, une marche silencieuse de souliers à terre l’accompagne, la devance ou la contredit. Les acteurs muets de cette randonnée mystérieuse épousent ses pas, glissent sur et sous ses pieds. Ils la forcent aux positions ordinaires ou rêvées du marcheur arpenteur. Courbée, allongée, debout, Mathilde Monnier poursuit un chemin de solitude modifié à peine par les humeurs d’un corps chaussé, érigé ou converti. Sans distraction aucune, comme les militaires droits dans leurs bottes, comme les mannequins plantées sur leurs talons aiguilles, Mathilde Monnier avance au ras du sol, tête haute. À plat, sur des « semelles de vent », elle donne au défilé des traits de jambes nouveaux. Ce costume du temps arrêté et suspendu de la déambulation agit comme le souvenir d’une marche immobile et pourtant active, solitaire et pourtant collective.