Records

Micro halle © Marielle Rossignol
© Marielle Rossignol



Création octobre 2021

 

Chorégraphe Mathilde Monnier
Avec 6 interprètes Sophie Demeyer, Lucia Garcia Pulles, Lisanne Goodhue, I-Fang-Lin, Carolina Passos Sousa, Florencia Vecino
Créateur lumière Eric Wurst
Créateur son Christophe Chassol

Une production COMPAGNIE MM / THEATRE GARONNE

 

Avec le soutien de la Fondation d’entreprise Hermès dans le cadre du programme New Settings et le CN D Centre national de la danse, accueil en résidence

En coproduction avec le Théâtre National de Chaillot, Centre Dramatique National de Valence, MA scène nationale - Pays de Montbéliard, Théâtre Populaire Roman de La Chaux-de-Fonds, Otto Productions, en cours...




Records une traversée musicale et chorégraphique

Les premiers gestes de cette création ont émergé en mai 2020 à la sortie du premier confinement. Nécessité, survie, besoin de faire face au vide et au manque que nous venions de vivre. J’ai alors entrepris l’écriture d’une petite pièce de 8’, écriture à l’écoute d’un extrait de l’opéra le Grand Macabre de Ligeti, interprétée par la soprano Barbara Hannigan.

La crise sanitaire nous avait plongé dans une situation paradoxale, nous étions à la fois gavés de paroles d’experts en tout genre, de prédictions sur l’après, d’un afflux d’images sur les réseaux sociaux, de visioconférences et en même temps démunis d’expérience réelle, détachés les uns des autres et immobiles. Paul Virilio appelle cela la culture du trop-plein, nous exilant de nous-mêmes et des autres. Face à cette situation, traiter de l’abstraction et de l’écriture musicale m’est apparu comme une réponse. Partir à la recherche d’un espace vide de discours mais non pas dépourvu de corps, de perceptions ni de sensations. C’est de cette expérience fondatrice qu’est née Records.

Records est une pièce entre trois murs. Des danseuses y vivent en s’appuyant, plus ou moins intensément, à ces murs plantés sur la scène et qui créent un espace dans l’espace, un sas entre l’ouvert et le fermé. Elles se collent au mur, s’y appuient du dos, des mains, des pieds. S’assoient, se relâchent, s’allongent. Le repoussent. Se penchent obliquement vers lui. Rebondissent dessus. Se posent dans les coins. Le mur est une figure d’appui – une façon de figurer ce qui nous tient et nous retient.

Records prend donc à bras le corps l’aspect spatial du volume : les plans et les lignes, la verticalité et l’horizontalité du plateau donnant à la géométrie une présence palpable. La pièce porte en elle un désir d’abstraction géométrique et postural qui est aussi une réflexion sur la simplification, la réduction à l’essentiel, à l’élémentaire, le retour à la matière.

 

Entretien avec Mathilde Monnier


Comment abordez-vous la création de Records en cette période de pandémie ? Qu’est-ce que ça a changé ?


Cette période a été difficile à vivre car au delà de l’arrêt des activités, c’est la confrontation à un moment de grande incertitude qui a été compliquée, comme si rien de ce que nous avions construit pouvait encore tenir. Une forme d'instabilité générale où tous nos points de repères ont basculé ; la santé, le lien aux autres, le travail, les projets. Cette crise est comme une atteinte à ce qui pour nous est fondamental mais sans capacité de métabolisation, sans aucune prise possible sur le réel, l’assignation à résidence pourtant nécessaire m’a mise dans une position de retrait. Cela a changé le rapport au travail et ce qui semblait urgent est devenu sérieux, plus grave peut être. Ma première réaction dans le travail au bout de deux mois sans rien faire a été de me débarrasser de ce que j’appelle les commentaires du travail, l’ornementation et le superflu. Cela va se traduire dans cette création.

 

En quoi l’objet vinyle vous permet-il de réfléchir à la dynamique abstraction-incarnation ?


La question de l'abstraction dans la danse a toujours été une problématique qui m’a intéressée car sur le fond rien n'est moins abstrait qu’un corps qui danse. Et c’est vrai que les plus belles expériences que j’ai vécues en tant que spectatrice, celles qui sont restées dans ma mémoire, sont plutôt des expériences de danse sans autre objet que le corps lui même dans un rapport au son ou à la musique ou à l’espace; quand à l’incarnation le mot est lié à la chair, on dit "to embody "en anglais, la définition exacte de ce mot signifie représenter en soi-même une chose abstraite; on voit bien que les deux mots sont liés. L’objet Vinyle va jouer comme un fond, est ce que ce sera un fond pour l'imaginaire ou pour le réel ? C’est encore trop tôt pour le dire.

 

Records semble être une recherche mémorielle du mouvement.

Est-ce un projet plus intime, plus personnel ?


Tout est toujours mémoire et fabrication de la mémoire que ce soit la sienne ou celle des autres. Mais il est aussi vrai que rien n'est plus inscrit dans la vie intime que les musiques qui vous ont habités dans votre jeunesse et dans les moments difficiles. Je crois que chacun se constitue un panthéon de musiques et celui ci se construit au fur et à mesure des rencontres. Cette relation à la musique est une chose très intime que l’on ne veut pas toujours partager, cette fois j’aimerais la partager avec le public.

Propos recueillis par Pauline Lattaque, juin 2020